Chronique de livre: Le journal d’Anne Frank

th (4)Toute œuvre littéraire comporte un morceau autobiographique en tant que fondement pour la future composition. Ce n’est toutefois pas le cas du roman (et je pèse bien mes mots) d’Anne Frank, qui adopte, dès le début, la norme intransigeante de la sincérité absolue favorisant une confession d’autant plus poignante et émouvante ; sans anticiper un dévouement lumineux, mais en y croyant incessamment, il est clair que la petite héroïne hollandaise a dépassé les contraintes, les entraves et le simple désir de garder un calepin à valeur sentimentale. En définitive, bien qu’amer, le Journal d’Anne Frank – dans la forme enrichie qui vous est accessible à présent – est le résultat d’un miracle. Ainsi que le modèle définitoire d’une foi aveugle et aveuglante en la bonté humaine qui ne tarde pas à guérir et à envoûter.
Il est pénible de parler d’un tel ouvrage qui relate la vie telle quelle. Et pourtant, c’est la vie qui trouve son écho dans les pages tumultueuses du journal, emplissant chaque événement quotidien et apparemment insignifiant décrit par l’auteur d’un espoir chaleureux et vivifiant. Depuis le commencement de cette période affreuse qui force la famille d’Anne Frank de recourir à un abri temporaire et isolé, elle mène sa lutte dépourvue de concession jusqu’à la triste fin d’une aventure sordide qui marquera le processus laborieux de maturation. Pendant plus de deux ans, elle va apprendre, et non sans une trace de découragement, ce que signifient la cruauté humaine, le désaccord obtus, la malchance doublée d’une forme permanente de terreur. Afin de ne pas se faire balancer, la famille doit rester constamment sur le qui-vive ; non seulement l’espace où depuis ce moment-là, en 1942, se déroulera toute activité de la famille aidée par quelques âmes bénies rend claustrophobe, mais l’appel aux chuchotements et la crainte sont à même de supprimer tout essor humain ou presque. C’est l’histoire de l’oppression, du retour aux origines les plus ignobles ; afin de survivre, l’homme doit subir l’avilissement et la soumission. Néanmoins, on ne parle pas d’un livre prémonitoire, à la manière de Michel Houellebecq, mais d’une réalité palpable qui, dans des pages remplies par des événements effroyablement anodins, fait peur bleue.
Entre les murs de l’Annexe, Anne Frank parcourt à dessein un iter perfectionis, comme un vrai héros tragique. Soit dit en passant, son trajet dont la fin est connue par tous ne peut aucunement rendre impassible qui que ce soit ; le suspens persiste et on dirait que chacun espère, au fond de soi, que tout ira bien. Voilà pourquoi c’est plus facile de se concentrer avec détachement sur les atrocités flagrantes d’une guerre absurde, vues d’une perspective innocente mais surtout pas naïve – car la lutte désespéré pour survivre est laissée de côté, et même Anne Frank en est consciente. La lutte intolérante de devenir meilleure l’emporte sur tout, puisqu’elle doit supporter stoïquement le traitement injuste appliqué par les adultes, qui la considère frivole et superficielle, alors que la jeune fille tient à mentionner dans son journal que sa personnalité représente, en fait, un mélange entre la sensibilité de l’âme et la joie pure. Plus qu’elle ne le montre envers les autres, le journal devient son confident, son ami et le témoin objectif d’un progrès fulgurant : l’épanouissement spirituel d’Anne ne cesse pas d’impressionner et toute appréciation lui en donne à cœur joie, même si elle est capable de remarquer l’évolution toute seule. En définitive, Anne est une jeune fille susceptible qui découvrira l’amour entouré par les contraintes de l’époque ; Peter deviendra un appui solide dont la participation à ce drame criant rendra Anne encore plus forte. Partie sur une voie sans issue ayant comme but la survie, elle apprendra à devenir une fille indépendante et courageuse, qui tirera profit d’une soirée passée à discuter quoi que ce soit ou à regarder le ciel étoilé, plutôt que du bruit effrayant – le bruit qui symbolise la mort.
Toujours sur ses gardes, la nourriture limitée et le péril imminent, Anne espère sans capituler. Son journal, qu’elle n’envisageait pas de publier jusqu’aux derniers jours avant sa mort – répit qui lui a permis de le réorganiser -, est le témoignage frappant de l’injustice. Entouré par l’amertume, le livre parle de l’espoir et de la vie sous son jour le plus pur. Anne est analytique et lucide, la guerre et le sang ne trouvent pas leur correspondant littéraire dans les pages du roman. Sensorielle et tout à fait cohérente, elle décrit la vie d’une famille chassée, alors que la claustration mousseuse se colle de votre peau comme un stigmate. Le plus douloureux, c’est la fin – « […] je ne supporte pas qu’on fasse à tel point attention à moi, je deviens d’abord hargneuse, puis triste et finalement je me retourne le coeur, je tourne le mauvais côté vers l’extérieur, et le bon vers l’intérieur, et ne cesse de chercher un moyen de devenir comme j’aimerais tant être et comme je pourrais être si… personne d’autre ne vivait sur terre. » – c’est-à-dire le moment où l’on prend conscience de l’impuissance totale envers le Mal. Persuadée de pouvoir (et de devoir à tout prix) continuer la lutte, elle s’acharne à vivre, mais son voyage vers les hauteurs humaines se termine à brûle-pourpoint, arrachée sans pitié à son rêve utopique. Confronté à ces événements révoltants, le lecteur n’en revient pas.
On s’aperçoit qu’Anne Frank réalise dans le bouquin le récit de l’humanité en soi, de la lumière. On s’aperçoit que la lumière ne peut être perçue que si elle se reflète sur le visage humain. On s’aperçoit, enfin, qu’Anne Frank est la lumière-même. Et on comprend, sans plus jamais pouvoir l’effacer de la mémoire, que si elle vivait encore, Anne vous gratifierait de son plus beau sourire, comme si de rien n’était. Comme si la vie réelle n’était constituée que d’espoir et de lumière aveuglante. Et qu’on devrait y croire. Ensemble.

Source de l’image: actusf.com

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2 răspunsuri la „Chronique de livre: Le journal d’Anne Frank

  1. Ar fi util dacă pentru fiecare review/articol în limba franceză ai posta și o versiune în română sau engleză. E drept că nu știu dacă wordpress oferă o soluție elegantă pentru asta, dar cum franceza și-a pierdut destul din popularitate, poate că o abordare bilingvă ar fi bine venită.

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